20.01.2009
Déménagement
Léopold, Frasby, Olivier !Ca y est : je déménage !
Je regroupe les deux parties : agota et evey : même chose. Il aura fallu quelques mois.
Pour expliquer brièvement cette schizophrénie : une petite histoire.
Agota écrivait depuis des mois : elle écrivait ses amis, les jolies et moins jolies choses de sa vie, elle dessinait : parfois bien, souvent maldaroitement, mais ça venait du coeur et elle était bien. Ce qu'elle produisait elle le mettait sur un carnet de route en ligne : voit qui veut, aime qui veut, pas grave.
Aucun autre responsabilité que celle d'un individu qui bidouille ses machins dans son atelier numérique. Pas de problème si il n't a pas de chaland, pas de problème si il y en a : les retombées concernaient le quant-à-soi.
Tout allait bien et mal et bien et peut mieux faire dans la vie et le blog agota : la vie normale. D'un individu. Anonyme.
Puis le 5 juin, ils sont arrivés. A 5h du matin, ils ont cassé ma porte. Ils ont tiré de son lit par les chevilles un ami qui logeait chez moi. Nu, braqué par une horde en cagoules : l'arme à 15cm de son visage.
Ils sont arrivés à mon lit : sur une mezzanine. Là une seule personne a pu grimper : il était armé, cagoulé, me braquait avec une arme, et sa lampe de poche. En bas je voyais les faisceaux de ses co-équipiers. Ils hurlaient "Target ! Police! Police!".
Celui au bout de mon lit a demandé si j'étais habillée en même temps qu'il tirait sur ma couette. J'ai râlé d'un "Eh oh, ça va pas!", ensommeillé mais ferme. en bas, ils ont réclamé "Un peu de respect!". J'ai répondu "Vous, un peu de respect".
A partir de là, j'ai voulu prendre mon téléphone : le gars au bout de mon lit a flippé : j'ai expliqué : je veux juste mon téléphone ! "Vous le prendrez plus tard". Le gars qui me braque demande à ses collègues si il doit me passer les menottes (on accède à la mezzanine par un échaffaudage de peintre : je comprends son embarras...).
On me met les menottes quand je descends de l'échaffaudage. La femme qui me menotte et me fouille est derrière moi. Je l'entends dire "Retournez-vous! Retournez-vous! Retournez-vous!" Je me retourne. Elle s'excuse en me disant : "Non, pas vous, je parle à mes collègues".
Le rinçage d'oeil est peut-être dans le CDI de la brigade anti-terroriste.
Oui, la brigade anti-terroriste. Je refuse de parler. On me dit qu'on m'expluiquera pourquoi je suis traitée comme ça, et de quoi il s'agit exactement lorsqu'on m'interrogera. Seulement, moi, j'utilise mon droit au silence : je suis militante, je sais que c'est un principe de base : ce sont les avocats qui travaillent et pas ceux qu'on maltraite sans leur dire ce qu'on leur reproche.
J'utilise mon droit au silence alors ils me disent qu'ils ne m'expliqueront rien.
4 heures de fouille dans mon appartement. Ils trouvent de l'argent que j'avais perdu et s'inquiètent d'une gravue italienne du 18è siècle : je comprendrai après pourquoi...
Ils m'emmènent à leurs bureaux : 12 pages d'audition pour commencer : 12 pages de questions parce que "de répète j'utilise mon droit au silence ": copié-collé, copié-collé : je ne suis pas le service des renseignements.
Les heures passent. Entre deux auditions, ils me demandent si je suis pour la violence, je leur réponds que ce n'est pas moiqui suis armée mais eux, et que non : je ne suis pas pour la violence, mais ce n'est pas en mon pouvoir de décider si ils peuvent être armés ou pas. "Oui, mais non, c'est pas ça..." Bien entendu : ce n'est pas leurs armes qui les intéressent, ou les inquiètent.
A 18h, j'apprends que je peux sortir. Je réclame copie des auditions, et mon matériel. Je suis graphiste : ils ont pris mes téléphones, ordinateurs, disque durs externes, carnets de notes, etc. (mais pas la gravure... :))
Je vais là où je pourrai envoyer des mails : des gens sont sûrement au courant qu'il m'est arrivé quelques chose, je veux les rassurer. Heureusement que j'ai demandé à pouvoir prendre de l'argent, et à m'habiller : quand ils vous arrêtent ils ne prévoient pas qu'ils vous lâcheront à pieds, en robe de nuit dans la ville.
J'envoie des mails, je vais au bistrot où je travaille : il y a eu une conférence de presse : nous avons été 6à être arrêtés (une septième personne sera arrêtée le lendemain). Motif : des photos trouvées dans le jardin d'un militant italien, en février 2007.
De février 2007 à juin 2008, la Belgique a mené une enquête contre le secours rouge car les photos appartiennent à des militants qui y participent. Ecoutes téléphoniques, caméra devant chez moi et d'autres, blog probablement surveillé, etc.
A partir de cet instant, j'ai compris que les lois anti-terroristes sont une réalité, qu'elles menacent la solidarité, qu'elles cherchent à effrayer les militants.
Je suis une femme de : une femme de quelqu'un qui a fait des choix militants radicaux par le passé, et qui depuis 8 ans a choisi de travailler dans des structures légales : peut-être qu'être femme de suppose qu'on est comme son compagnon, ou manipulée, ou que sais-je de sexiste. CE N EST PAS LE CAS.
Peut-être qu'être femme de donne le droit aux flics de vous traiter comme de la merde : CA NE DEVRAIT PAS.
Mais au-delà de tout, je suis militante du Secours Rouge. J'ai vu comment la police peuvent torturer des militants basques, j'ai vu que Papon a été libérée bien avant Aubron. Je vois que Georges Ibrahim Abdallah est libérable mais détenu depuis presque 25 ans en France, je vois la montée d'Edvige et son copain belge, l'arrêté royal qui menace les mêmes militants syndicaux, les mêmes personnes qui protestent, les mineurs, etc. Je vois Rouillan retourner en prison parce qu'il a osé dire 3 mots aux alentours de son passé, je vois Tarnac, les astreintes imposées aux grévistes, je vois la Grèce, je vois l'Afghanistan, la Palestine, la déglingue générale, je suis comme tout le monde. Je n'ai pas besoin d'être communiste ou anarchiste ou n'importe quoi d'autre pour voir qu'
on tape toujours sur les mêmes
Je suis militante du Secours Rouge et je me suis retrouvée avec d'une part la vision partielle des préjugés de la police (noms de militants cités dans mes auditions, apparemment tout ce qui se rap^prochait d'une citoyenneté ou d'un militantisme leur paraît louche), d'autre part l'affolante ignorance de ces gens (après surveillance de mails, ils se demandent qui est ce fameux Aragon : Aragon comme dans La section belge des amis d'Aragon), je vois leur impunité (me laisser sans revenus, sans moyen de gagner ma vie) etc.
Ma condition est la moins pénible parmi celles des 7 personnes arrêtées.
Je suis militante au Secours Rouge et j'ai donc dû arrêter d'être blogueuse Agota. Parce qu'il n'y avait plus la place. Il n'y avait que ce que les flics m'avaient montré : le rapport de force et la tentative de trouver quelque chose pour nourrir leurs dossiers, qui les embarrassaient de leur vacuité malgré une surveillance rapprochée de 1 an et demi.
Il n'y a pas de place pour soi mais juste pour Bahar aussi menacé par ces lois, les altermondialistes, aussi menacés par ces lois, etc.
L'idée n'est pas d'avoir un discours innocentiste ou victimisant.
J'ai fait le travail de solidarité qui s'imposait pour les personnes touchées le 5 juin, et tenter de poursuivre les activités su SR tant bien que mal.
Et puis, il y a eu Evey : parce que quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde.
Parce que peu importe : citoyen, coco, anar, alter, écolo, ... peu importe : c'est toujours sur les mêmes qu'on frappe. Et je voulais un territoire commun, voir l'espace que l'on partager face à ces lois qui frappent, frappent dur, là elles veulent, aveuglément.
A ce jour, la stabilité de l'Etat a été frotement menacée par des banquiers : aucun n'a eu droit à la même visite que moi, dans son lit à 5h du matin. Allez comprendre.
J'en ai eu assez d'être considérée comme ceci ou son contraire : chacun y va de son opinion quand il s'agit d'affaires aussi graves, on se permet de juger sans savoir ou en lisant la presse, ce qui n'est pas- et je sais de quoi je parle- toujours une bonne source d'informations.
Le temps a passé : les inculpations courent toujours pour 4 des 7.
Mais je peux reprendre dans le chez moi initial ce qui me touche : pour avoir été braquée par un cagoulé dans mon lit à 5h du matin, parce que je suis la femme de, parce que je milite à, tout ce qui concerne les autres est enfin plus proche de moi. Merci la police.
Je sais que ce que nous écrivons peut être lu, peut être retenu, noté, archivé. Je sais qu'ils ont le pouvoir : médiatique, armé, légal.
Mais voilà, il y a maintenant de la place dans ma vie et sur ce petit carnet de route virtuel pour amener tout ça de manière responsable et individuelle : j'ai pris la mesure de l'engagement et de ce quil peut coûter.
Je voulais raconter ça dans le détail, en long et en large. Mais déjà maintenant, ce texte me parît trop long pour internet. Et puis quoique je dise, je sais que faire passer comment je vois les choses sans que celui qui lit n'y mette ce qu'il a envie de lire est une mission impossible, sauf pour les proches, qui voient les nuances et me connaissent. Allonger ne servirait à rien.
Je peux donc revenir à mon panaché de dessins de nounours et à mes émotions à deux balles, en mêlant à tout ça les choses de ce monde qui m'alarment.
21:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
28.11.2008
Belgique et Chrétienté
Puisque ces imbéciles, entre deux remarques homophobes ou anti-avortement, s'en prennent toujours aux communistes, des gens ont décidé que youtube ne devait pas servir à diffuser la propagande réac' de Belgique et Chrétienté, et a créé une playlist pour faire remonter les vidéos avec la VRAIE version de l'histoire avant les mensonges des bénis oui oui.
C'est toujours ça de pris.
09:49 Publié dans Les gros dingues | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
22.11.2008
blanc, hétéro, mec
Bien sûr c'est un signe. Bien sûr c'est mieux.
Que ça puisse arriver.
Mais.
En regardant le Docteur Jivago, je vois Omar et je me dis : il a compris.
Et nous, heureux malgré nous de cette discrimination. Un self-made en France, un noir aux USA.
Ils ont tué Allende, Lumumba. La Chine est capitaliste de fait, et on pourra oublier Cuba.
09:30 Publié dans Les gros dingues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note