24.09.2008

Du sucre

Un peu de café sur le bord de la table. Sa manche trempe, mais on n'ose rien dire. Elle raconte comment ils ont planqué les bonnes bouteilles dans le jardin. Elle dit qu'il a trouvé la porte de sa cellule ouverte, un matin. Elle propose de payer la note, avant de s'en aller : parce que elle sait que personne ne roule sur l'or.
Chez elle : les bibelots, quelques photos.Ma mère viendra. Nous serons dans le vieux salon. Ma grand-mère aura raconté son mari. Ma mère parlera de son père, résistant. Le même homme, autre chose, mais le même combat.
Puis elle voudra servir le café et demandera où est le sucre, et ma grand-mère s'énervera.
Les valeurs et les fiertés sont des choses distinctes. On voit leurs chemins se séparer dans les liens qui ne fonctionnent pas.

Commentaires

Peut-être que les liens fonctionnent trop bien ?
Que ces liens tiennent trop étroitement serrés des êtres qui se jalousent ... Jaloux de trop de proximité justement.
Jaloux de ce que l'une et l'autre convoitent - le souvenir de l'être aimé... et disparu.

"Ma grand-mère aura raconté son mari. Ma mère parlera de son père, résistant. Le même homme, autre chose, mais le même combat."

L'une ne veut voir que son mari ; l'autre, que son père.
Le même homme, autre chose, mais le même combat...

Entre ces deux femmes, le combat. Entre la mère et la fille.

Quel beau texte ... où tout se devine. Ecriture redoutable : économie de moyens, intelligence et clarté. Bravo !

Ahmida Ben Zaraoui

Ecrit par : Ahmida Ben Zaraoui | 24.09.2008

Et chacune de son côté demande si l'autre a parlé d'elle et ce qu'elle a dit, pleine de méfiance...
Combat effectivement.
Merci Ahmida.

Ecrit par : evey | 24.09.2008

Comme Ahmida, je salue cette écriture formidable et touchante...
Bravo!

Ecrit par : eeeelsoliver | 24.09.2008

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