30.09.2008
A Léopold
Je n'ai pas lu la Bête humaine. J'avais lu l'Assomoir et L'Oeuvre. Je n'ai que peu de souvenirs : juste des impressions. Surtout du premier en fait. Une profonde détresse : plus tu te démènes, plus tu t'enfonces. Et tout est si glauque. Tout est si injuste, condamné d'avance. Elle se salit, elle tombe. Elle se raccroche peut-être. Je ne sais plus si elle avait de l'espoir. A-t-on de l'espoir dans sa vie ? C'était quoi sa vie ?
J'ai le souvenir d'une femme salie et désespérée. J'ai un souvenir de linge et peut-être d'alcool.
Et ce matin, je vais traverser le Parvis. Et je la verrai : elle aura un vieux pull, elle s'engueulera avec un autre. Elle ne me verra même pas la regarder.
J'ai un souvenir d'une vraie personne. Pas d'un conte de fées.
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Le deuxième étage
Dans le train, je monte, place sacs et manteau sur le côté, vais sortir un magazine ou écouter Collin. Du haut du deuxième étage du train, je vois à travers la vitre des gens qui ne me plaisent pas : sans raison. Une fraction de seconde va remplir les 15 prochaines minutes : j'ai pensé "dérisoire". J'ai pensé que ce mond eest dérisoire. Uen fraction de seconde, ces gens que je ne connais pas m'ont évoqué "dérisoire". J'ai pensé à quoi bon ce monde pour ce monde-là. Et quinze minutes certainement à me dire Non, non, je ne peux pas avoir pensé cela, je ne peux pas avoir été prête à démissionner de mon intérêt. Je ne peux pas avoir pensé "dérisoire". En boucle, horreur de ma distance. En boucle. Ridicule, honteux. J'ai démissionné de Charleroi à Luttre. Arrivée à mi-parcours, j'ai mis ça sur le compte de la fatigue. En arrivant à Bruxelles, j'ai vu sur le sol, tagué, ou plutôt au pochoir, en orange fluo : Un autre monde est possible.
Et j'ai aimé les gens. Et j'ai aimé que des gens se soient appliqué à acheter une bombe de peinture, à faire un pochoir, à couvrir sur les bandes blanches ces simples mots même si en eux je ne me reconnais pas-dans ce vocabulaire-là- ces simples mots. Des gens là, quelque part, dans mon quartier. L'amour du samedi soir.
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29.09.2008
A Olivier
Je n'ai pas encore étudié à fond la question, mais de la demi-douzaine écoutée (entendue?), c'est celle-ci que je préfère :
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Sans eux, pour les autres
J'ai bien aimé. J'irai. Je reste.
On héberge les amis en temps voulu : quand c'est dur pour lui, pas trop pour soi. On prend sous son toît. On explique le mode d'emploi. Ne pas demander de fric ni de compensation. Juste penser à ne déranger personne; ne garder de ces moments que ceux qui apporteront un mieux.
Et je pense ce soir à la lettre de cette femme dont le mari est en prison. Pays-Basque. Orson Welles.
Des élections jusqu'à ce que.
Et les armoires de la police fédérale, remplie de fichiers : y lire : IRA.
Leurs bureaux froids, parois de métal. La chaleur de cette maison-ci quand ils n'y sont pas.
Une maison recontruite pour accueillir un de ceux qui était là pour moi.
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26.09.2008
Et Brisa ?
En regardant ici et là des horreurs, tomber sur Doc Gynéco sur plateau de Ruquier. Ca me rappelle Renaud qui disait que prendre parti pour une chose sans savoir expliquer pourquoi, c'était crétin. Je me suis sentie visée : je prends parti mais ne sais pas toujours bien expliquer pourquoi. Je ne sais pas pourquoi j'ai senti un relan d'anti-soviétisme au moment des assauts en Géorgie : après j'ai lu les appréciations des "pour" et des "contre" : et j'ai eu des arguments pour les choses qui n'étaient en moi que des ressentis.
L'argumentation me fatigue en règle générale. Je suis une exaspérée de l'évidence, bien que je sache que l'évidence a un nid, une attache : on ne connaît pas forcément les chemins pour y aller. Il faut parfois des guides.
Mais donc : l'argumentation, des débats, ce sont des outils. Une chose peut devenir son contraire selon l'argumentation choisie. Pourtant je crois en une vérité sur quelques phénomènes : une vérité absolue, pas un point de vue.
Bref, Doc Gynéco. Renaud. Et je repense musique alors qu'elle passe, ici, ce soir. Je viens de laisser un mot chez Léopold. Je vais aller rejoindre mon homme et mon chat. J'entendais tout à l'heure Balavoine dire que le désespoir est mobilisateur, et que les jeunes risquent de refaire des conneries, comme les BR.
Je ne sais pas si les BR c'était des conneries, je sais juste qu'ils pensaient davantage à moi que ceux qui prétendent me protéger.
Et la musique passe : je ne peux pas encore ré-écouter Bashung, parce que trop de larmes.
Et Brisa Roché ?
Whistle.
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25.09.2008
Selma
Il me dit que ça date sûrement de l'Occupation. Que c'était dans le ton de publier les auteurs nordiques, même si.
Et de fait : même si.
Je ne vois pas quoi dans Gosta qui puisse soutenir un aigle nazillon, je ne vois que les images et les belles intentions.
Comme ce vieil homme heureux d'avoir accompli son oeuvre, un livre dans lequel il explique que toutes les religions sont des embuscades, des chimères. Qu'aucun Dieu ne compte, que seul le travail triomphe. Il est si fier, certain d'éclairer ses contemporains, persuadé qu'il libèrera son peuple avec cette vérité que le travail de l'homme, et par lui : l'Homme, sont les seules choses fiables sur lesquelles s'appuyer sur Terre.
Il donne l'argument, il explique ce qu'il vient de réaliser, son importance. Il ne pense pas à la postérité mais simplement à éradiquer toutes les croyances.
La jeune-fille à qui il parle lui répond que c'est l'Amour qui surpasse le reste, que si Eros était une illusion, elle n'aurait plus qu'à mourir.
Il décide donc que son oeuvre ne devra paraître que 100 ans plus tard. Non pas pour se protéger de la gloire ou parce que soudain il doute, mais pour protéger cette jeune femme qu'il aime d'un amour paternel, lui donner de vieillir et mourir sans avoir jamais eu à se confronter à cette vérité qu'il démontre.
Alors ils ont effectivement publié ce livre pendant l'occupation, et presque tous les jours, j'en ai des images à un tel point que je raconte en commençant par J'ai vu un film...
Puis non, c'est un livre. C'est ce livre qui me promène dans les histoires de Cavaliers, de vendeuse de balais, de forge...
Mais non, ce n'est pas un livre de l'Occupation. C'est un livre de Selma Lagerlöf.
09:00 Publié dans aucun lien | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Cherchez l'erreur
Le top 5 de celles qui me remplissent d'amour, qui poussent mon corps en avant... Premières recherches :
- Life is life, de Opus
- Make me smile, de Steven Harley
- Bittersweet symphony, de The Verve
- Airport, de Motors
- Blue Monday, de Erasure
- Small town boy, de Bronski Beat
01:53 Publié dans aucun lien | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
24.09.2008
Du sucre
Un peu de café sur le bord de la table. Sa manche trempe, mais on n'ose rien dire. Elle raconte comment ils ont planqué les bonnes bouteilles dans le jardin. Elle dit qu'il a trouvé la porte de sa cellule ouverte, un matin. Elle propose de payer la note, avant de s'en aller : parce que elle sait que personne ne roule sur l'or.
Chez elle : les bibelots, quelques photos.Ma mère viendra. Nous serons dans le vieux salon. Ma grand-mère aura raconté son mari. Ma mère parlera de son père, résistant. Le même homme, autre chose, mais le même combat.
Puis elle voudra servir le café et demandera où est le sucre, et ma grand-mère s'énervera.
Les valeurs et les fiertés sont des choses distinctes. On voit leurs chemins se séparer dans les liens qui ne fonctionnent pas.
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23.09.2008
Off ce soir pataphysique
En revenant, je lui fais signe à travers la vitre et continue mes pas : il sort et me réclame le bisou. C'est un droit pour passer le Parvis, qu'il dit. C'est une taxe. Ah ah ah.
Bon sang, il est grand cet homme-là.
Silence.
Il me demande comment ça va. Cela faisait longtemps depuis les cernes, depuis les flics, depuis tout ça. Je dis que je vais, bien, tout est ok.
Puis, il me redemande. Parce que il veut une vraie réponse, pas juste la politesse qui le rendra tranquille à sa soirée entre amis.
Je lui dis : Ils me fatiguent, ils pinaillent, tous. Sur le terrain je vais bien, mais je ne comprends pas les engeulades pour les queues de cerise.
Le terrain est large pour le minimum commun. J'enragerais bien si j'avais l'énergie.
Il me parle de son A entouré. Il dit que ça serait parfait, mais qu'on y arrivera jamais.
Il dit qu'à son Collège, ils avaient pour consigne d'avoir une carte dans chaque parti. Dans un éclat de rire il continue d'un Comme ça ça fait pas d'histoires.
On plaisante et on part en vrille pour passer à autre chose.
Alors on a fait le bisou d'aurevoir.
Le reste était accessoire.
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22.09.2008
L'index dans les boucles
Gestion de stock et bientôt sur le départ : chaque heure la sépare de sa prochaine vie. Ca semble long et toujours plus loin, toujours plus urgent. On compte les kilos, elle se fout des hectos. On parle augmentations et elle ne se battra plus. Son chien pleure. Elle le dégage de mon sac quand je me penche en disant Ne fais pas ça, elle croit que j'ai peur qu'il abîme? Je lui dis qu'il mordait ses lacets (au secours, le chien attaque des chaussures). Qu'une fille. Elle sourit, elle s'en fout. Il n'y a rien dans sa vie privée qui puisse l'agacer. Le seul poids est celui d'être encore là, ce matin, à réfléchir ensemble à la structure, à devoir bosser.
Et le chien pleure et mord de nouveau ses lacets.
Les femmes même femmes font des boucles dans leurs cheveux. Ou plutôt : elles suivent les courbes, elles amusent leurs doigts dans les mèches rebelles, elles ne se battent plus avec la bergerie qui a élu domicile au-dessus de leurs yeux. Elles tricotent, enroulent, jonglent. Leurs tics tournent en boucle. On compte, on note, elle participe en souriant, gentiment. C'est à moi qu'elle parle, pas à lui, pas à lui. C'est à moi qu'elle explique comme pour dire : quand j'aurai fini de tourner en rond et que la question se reposera, tu pourras répondre pour moi.
Puis, enfin, elle s'en va.
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