24.09.2008
Du sucre
Un peu de café sur le bord de la table. Sa manche trempe, mais on n'ose rien dire. Elle raconte comment ils ont planqué les bonnes bouteilles dans le jardin. Elle dit qu'il a trouvé la porte de sa cellule ouverte, un matin. Elle propose de payer la note, avant de s'en aller : parce que elle sait que personne ne roule sur l'or.
Chez elle : les bibelots, quelques photos.Ma mère viendra. Nous serons dans le vieux salon. Ma grand-mère aura raconté son mari. Ma mère parlera de son père, résistant. Le même homme, autre chose, mais le même combat.
Puis elle voudra servir le café et demandera où est le sucre, et ma grand-mère s'énervera.
Les valeurs et les fiertés sont des choses distinctes. On voit leurs chemins se séparer dans les liens qui ne fonctionnent pas.
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23.09.2008
Off ce soir pataphysique
En revenant, je lui fais signe à travers la vitre et continue mes pas : il sort et me réclame le bisou. C'est un droit pour passer le Parvis, qu'il dit. C'est une taxe. Ah ah ah.
Bon sang, il est grand cet homme-là.
Silence.
Il me demande comment ça va. Cela faisait longtemps depuis les cernes, depuis les flics, depuis tout ça. Je dis que je vais, bien, tout est ok.
Puis, il me redemande. Parce que il veut une vraie réponse, pas juste la politesse qui le rendra tranquille à sa soirée entre amis.
Je lui dis : Ils me fatiguent, ils pinaillent, tous. Sur le terrain je vais bien, mais je ne comprends pas les engeulades pour les queues de cerise.
Le terrain est large pour le minimum commun. J'enragerais bien si j'avais l'énergie.
Il me parle de son A entouré. Il dit que ça serait parfait, mais qu'on y arrivera jamais.
Il dit qu'à son Collège, ils avaient pour consigne d'avoir une carte dans chaque parti. Dans un éclat de rire il continue d'un Comme ça ça fait pas d'histoires.
On plaisante et on part en vrille pour passer à autre chose.
Alors on a fait le bisou d'aurevoir.
Le reste était accessoire.
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22.09.2008
L'index dans les boucles
Gestion de stock et bientôt sur le départ : chaque heure la sépare de sa prochaine vie. Ca semble long et toujours plus loin, toujours plus urgent. On compte les kilos, elle se fout des hectos. On parle augmentations et elle ne se battra plus. Son chien pleure. Elle le dégage de mon sac quand je me penche en disant Ne fais pas ça, elle croit que j'ai peur qu'il abîme? Je lui dis qu'il mordait ses lacets (au secours, le chien attaque des chaussures). Qu'une fille. Elle sourit, elle s'en fout. Il n'y a rien dans sa vie privée qui puisse l'agacer. Le seul poids est celui d'être encore là, ce matin, à réfléchir ensemble à la structure, à devoir bosser.
Et le chien pleure et mord de nouveau ses lacets.
Les femmes même femmes font des boucles dans leurs cheveux. Ou plutôt : elles suivent les courbes, elles amusent leurs doigts dans les mèches rebelles, elles ne se battent plus avec la bergerie qui a élu domicile au-dessus de leurs yeux. Elles tricotent, enroulent, jonglent. Leurs tics tournent en boucle. On compte, on note, elle participe en souriant, gentiment. C'est à moi qu'elle parle, pas à lui, pas à lui. C'est à moi qu'elle explique comme pour dire : quand j'aurai fini de tourner en rond et que la question se reposera, tu pourras répondre pour moi.
Puis, enfin, elle s'en va.
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