04.10.2008
Pour le doux de Frasby
Il y a un magasin dans le quartier cher, pas loin, qui indique Retouches de vêtements.
Puis la liste des pièces à retoucher. Comme les mots "ouvrage" (la belle ouvrage), ou"matelassé". Et une rue avant, sur le chemin du cidre : du Mac Sweeney's, la devanture en néon Capital kills love.
De tout un peu, mais ce panneau, ce mot : Retouches. Un tableau, de la craie.
On consacrera un peu de temps, on marchera jusque là, pour faire raccomoder. Les temps sont durs, un franc est un franc, vous savez.
On verrait presque les talons de ces dames que le temps a usé : larges, un peu carrés.
Un imper par dessus, un sourire si vous êtes correctement habillée. La politesse, le sens pratique, conserver, entretenir, ne pas jeter.
J'aimais tellement cette chemise que je ne pouvais m'en séparer. Tu l'auras comme souvenir le jour où je m'en irai.
J'aimerais moi aussi tenir tant à quelque chose que je l'userais jusqu'à le devoir faire retoucher.
Vivement alors. Vivement.
15:00 Publié dans aucun lien | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Le rayon cher
J'adore cette petite expression : elle me parle et je me félicite de l'avoir intégrée : je me comprends et me mets en garde dans le même temps : Attention, tu vas au rayon cher !
Oui, la boîte est jolie : bio, vert, un peu de kraft. Le rayon cher.
J'ai dans mon sac ce livre pénible sur le marketing. Traîné en vain depuis le matin.
Au bar, à midi, j'ai vu Goffaux : l'ours, Faccioni. On parle d'Olivier, notre point commun.
Et il va bien ? Ca fait longtemps. Tu te souviens ? Oui.
Moi, oui : très bien. Le seul homme que j'aie engueulé sans le connaître.
Pas rancunier.
Ce soir, donc, les courses : mais tranquillement. Je me laisse avoir par les étiquettes en tout petit, typo bâton. Gill Sans. Et en marchant, je pense à eux : à cette table il y a des années. Au Pavillon. Il est même sur le mur.
Juste une pils, peut-être du vin.
Reposer le sucre qui fait maigrir, renoncer au joli produit. Faire la file.
Je regarde les chaussures, j'entends qu'ils parlent tous anglais. Could you blablabla...
Vite : Saint-Gilles. Maison, pèpère.
Les yeux de Goffaux à la fin du repas, si sincère, c'est le meilleur antidote contre l'arnaque du rayon cher.
03:21 Publié dans aucun lien | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
03.10.2008
La femme de
Quand ils sont venus, ils ne portaient pas de velours. Ils ont franchi les marches, n'ont pas allumé. Ils étaient chez eux et avaient même la clé. La cible était là, rayures du bagne, colorée. Elle dormait. Elle dormait encore alors que braquée. Pas la cible, pas en elle-même : vous comprenez ? Un dégât, une erreur. Pas une volonté.
Elle est un détour, un moyen, un outil. Une réveillée.
Mais on l'a pas fait exprès.
Un homme au bout de son lit la vise du bout du bras armé : elle dormait, elle ne rêve pas. Un flingue au bout du nez, bien fait pour elle, elle n'avait qu'à pas être la femme de.
Ah je comprends mieux, ils disaient. Même les proches, même les amis. Alors forcément.
Elle n'a pas de cerveau, ou elle l'a cherché, ou en tout cas C'est pas la priorité. On s'en fout, hein. Mais vous êtes très calme !
Quand ils sont venus, ils ne portaient que du noir. Ils ont pointé leurs armes sur une femme seule dans son lit.
Puis ils sont rentrés dans leurs bureaux se félicitant d'être encore en vie, comme s'ils étaient surpris.
Ils pensaient alors avoir tout pris. Mais vous savez, monsieur Creedy, un être humain, c'est plus que la chair au bout de vos canons.
Quand ils sont venus, ils espéraient terrifier, maintenir dans le calme qui pour finir les dérangeait : la femme de n'a pas pleuré, n'a pas crié.
La femme de s'est tenue tranquille face à ceux qui l'ont menacée.
Vous n'aurez ni ses larmes, ni ses pensées.
09:30 Publié dans Les gros dingues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note